Manon Pignot, Les Enfants : une autre histoire de la France – XIXe-XXIe siècle. Éditions Tallandier, 2026, 448 p., 24,90 €.
Il s’agit d’un livre qu’on peut qualifier d’essentiel pour qui s’intéresse autant à l’enfance qu’à l’histoire. L’auteure s’en explique : “Pour bien comprendre une société, pour la saisir à la racine, il est indispensable de savoir regarder ses enfants et de savoir interroger la place qui leur est accordée, afin de mettre au jour les mécanismes de socialisation et de politisation de ceux qui, à leur tour, deviendront des adultes”. Il y a plusieurs façons de lire cet ouvrage dont la table des matières suit une logique chronologique du XIXe siècle au proche contemporain. On peut privilégier une lecture au fil de l’évolution des lois qui régissent l’enfance, de la loi Jules Ferry de 1882 sur la scolarité obligatoire jusqu’à l’ordonnance du 2 février 1945 qui fait aboutir un demi-siècle de débats sur la justice des mineurs – et fait naître le poste de juge des enfants.
L’auteure retrace avec précision le destin des enfants pendant les deux guerres mondiales, une histoire dont le cinéma s’est souvent emparé, mais dont bien des aspects restent méconnus. Ces enfants sont devenus parents d’enfants eux aussi marqués par les traumatismes des deux guerres (il y a eu dans les pays belligérants 6 millions d’orphelins de guerre devenus pupilles de l’État en France). La période de Vichy, qui a rétabli la peine capitale pour les mineurs avec le statut des “enfants de Boches”, est détaillée elle aussi. Les systèmes éducatifs au cours des siècles, avec une insistance sur la pédagogie Freinet, sont passés en revue. Sans compter toutes les affaires célèbres dont celle de Gabrielle Russier en France, l’affaire Matzneff, l’affaire Dutroux en Belgique, le procès d’Outreau, etc.
On découvrira avec intérêt l’arrivée dans les années 1960 de nombreux psys sur la scène de l’enfance avec, en tête, Françoise Dolto et ses émissions à la radio ; son slogan “l’enfant est une personne” devient un acquis. Dolto n’est pas la seule. Jenny Aubry-Roudinesco théorise le concept de “carence maternelle” et contribue à la formation de nombre de psys d’enfants dont Myriam David ou Geneviève Appell. Leurs recherches, contemporaines des travaux de John Bowlby sur le concept d’attachement, constituent des avancées majeures en pédopsychiatrie.
La fin de la Seconde Guerre mondiale marque par ailleurs, au plan législatif, un tournant dans la prise en charge de l’enfance. La création de l’ONU en 1945 débouche, en 1959, sur une nouvelle Déclaration des droits de l’enfant qui définit ce qu’est un enfant dans la conception occidentale : “un être vulnérable qui nécessite une protection physique, affective et sociale ; ensuite un citoyen en devenir auquel on doit garantir[...]
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