J’avais accueilli Arthur au décours d’une garde à vue, pour tentative de braquage d’une boutique avec une arme… factice. Il était entré dans mon bureau, le visage dissimulé sous le capuchon de son blouson. Refusant mon invitation à s’asseoir, il me faisait comprendre qu’il me faudrait attendre avant qu’il ne consente à s’exprimer. Au terme d’un silence prolongé, il m’avait interpellé. “Tu n’es pas psy, au moins ? Ni pédiatre… ? Tu…”
Je lui avais répondu que j’étais là pour écouter ce qu’il me confierait de ses soucis et que ceux-ci seraient les miens. Il y avait eu de nouveau un long silence que je n’avais pas interrompu. La qualité même de ce silence me laissait entrevoir qu’Arthur pourrait se révéler quand et là où je ne l’attendrais pas. Ce fut plus vite que je ne l’espérais.
L’adolescent avait relevé sa capuche. J’ai découvert alors son visage dans sa vulnérabilité, son innocence, sa détresse. Un visage d’enfant qui se voulait grand.
Trop facilement peut-être… il s’était peu à peu confié à cet inconnu qui lui faisait face et dont le regard et l’écoute lui permettraient peut-être de se livrer. Il y avait dans ses propos une pagaille de sentiments contradictoires et les expressions d’une colère qu’il s’efforçait de maîtriser. Et de la peur aussi.
Il m’a raconté alors avec confiance ce qu’il nommait les “péripéties” de sa vie. En vrac. Il me suffisait alors de continuer à l’écouter et de mettre des mots sur les maux, parfois étranges et incompréhensibles de son passé. Un pédopsy dirait sans doute qu’en se confiant ainsi, Arthur pourrait parvenir à se construire.
Le constat exprimé par l’adolescent était aussi celui du cumul de ses échecs. Il était à leur propos lucide mais sans remords. Il avait ajouté : “Vous ne pouvez pas le comprendre”.
J’avais remarqué le passage du tu au vous…
Je lui ai répondu en souriant que quelqu’un avait écrit : “À défaut d’être grand dans la réussite, autant l’être dans l’échec”. Dans le récit de ses échecs, Arthur avait de la grandeur.
Je lui ai dit aussi qu’à l’écoute de ses propos, j’avais perçu en lui des richesses intérieures qui ne demandaient qu’à se délivrer. De belles réponses à nos soucis.
“Vous croyez ?”, m’avait-il répondu ; ce qui signifiait peut-être : “Vous croyez en moi ?”.
Je l’ai raccompagné jusqu’à la porte de mon bureau. Je lui ai dit que je serais heureux de le revoir. Il m’a répondu : “Moi aussi. Et puis merci… !”. Ce que je lui ai reproché. Il s’est alors corrigé : “Alors : presque merci”.
Je n’avais sans doute été pour lui ni pédiatre, ni psy. Mais peut-être, selon la belle expression de Philippe Duverger : un simple artisan d’une empathie[...]
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