On sort très étonné de la lecture de ce remarquable livre ; étonné tant on se sent proche de ces ancêtres lointains avec lesquels nous avons partagé le soin de nos enfants, plus ou moins les mêmes au fond. Car contrairement à une idée répandue par l’“historien du dimanche” Philippe Ariès (c’est lui qui se nommait ainsi) dans un livre qui a fait date en 1960, L’enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, les parents du Moyen Âge aimaient et se souciaient beaucoup de leurs enfants. Et ce même s’ils étaient nombreux à mourir jeunes. Ainsi, sur 182 individus étudiés dans un cimetière d’Ivry-sur-Seine entre le VIe et le XVIe siècle, les trois quarts des enfants étaient morts de maladie. Les causes de la mort allaient des carences alimentaires aux anémies sans doute liées au paludisme, en passant par le rachitisme et l’anthrax ; quant aux nourrissons, ils étaient surtout victimes de dysenterie et de fièvre. Leur mort précoce entraînait des processus de deuil très sophistiqués : funérailles ritualisées, grand soin apporté à l’inhumation et à la sépulture. Nos ancêtres étaient d’ailleurs familiers de la mort (plus que nous qui la cachons !) : de 1347 à 1353, la peste noire a décimé environ un tiers de la population, un fléau auquel les enfants ont payé un lourd tribut.
Face au puissant courant historiographique issu des travaux d’Ariès, les historiens médiévistes spécialistes de la famille ont dû batailler ferme pour montrer que l’enfant au Moyen Âge était un être aimé et éduqué. L’historien Didier Lett est l’un des chefs de file de cette nouvelle génération ; il a en outre le grand talent de bien écrire et de savoir raconter, au point que certaines histoires – et Dieu sait qu’il y en a ! – sont pour le moins décoiffantes. Plusieurs d’entre elles sont dues à des accidents mortels causés par des cochons : ainsi d’une truie qui, en 1386, renverse un nouveau-né et commence à le dévorer. La proximité psychologique avec les cochons amène alors à conduire la truie au tribunal. À l’issue de son procès, elle sera portée à l’échafaud puis brûlée.
La synthèse présentée dans ce livre est le résultat de riches recherches menées dans de nombreux pays de l’Occident chrétien pour lesquels on dispose d’une documentation très abondante (textes littéraires dont de nombreux journaux intimes, textes juridiques, théologiques, iconographiques et manuels commerciaux auxquels il faut ajouter les apports de l’archéologie). L’enfance médiévale s’étend de la naissance à l’âge adulte mais elle comporte plusieurs périodes : infantia de la naissance à l’âge de 7 ans ; pueritia de 7 à 14 ans ; adolescentia de 14 à 21 ou 28 ans. Mais il ne faut pas oublier que dans une société chrétienne, l’enfant existe avant qu’il ne paraisse, à la condition qu’il soit doté d’une[...]
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