Allocution d’ouverture

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Chers consœurs et confrères,
Mesdames, messieurs,

“Tout ce que l’on fait,
On le fait pour les enfants,
Et ce sont les enfants
Qui font tout faire.”

Ces vers de Charles Péguy ont-ils gardé tout leur sens dans les contradictions de notre époque ?

Qu’en est-il de notre devoir de respecter l’enfant en tant que personne, de le protéger, de l’accompagner tout au long de son cheminement vers l’âge adulte sans jamais le considérer comme notre propriété ? Les enfants ne nous appartiennent pas, bien au contraire, nous leur donnons la vie pour mieux pouvoir nous donner à notre tour. Concevoir un enfant, c’est créer des exigences et des contraintes, mais c’est aussi donner un sens à notre propre vie. C’est cela ce merveilleux échange entre les générations. Les parents donnent la vie aux enfants et, en retour, les enfants donnent du sens à la vie des parents.

Mais il faut se méfier de la satisfaction tranquille et du sentiment d’un devoir faussement accompli. L’actualité se charge de nous le rappeler cruellement, en rapportant qu’une personne sur trois qui meurt dans le monde est un enfant de moins de trois ans. Ce sont les enfants de la guerre, à jamais brisés. Ce sont aussi les enfants maltraités, affamés, oubliés jusqu’à en mourir. Ce sont encore les enfants exploités, vendus comme des marchandises. Par millions, ils interrogent nos consciences en nous rappelant qu’ils ont, eux aussi, le droit d’être aimés, accueillis, abrités et respectés.

Neuf ans d’action humanitaire comme président de la Croix-Rouge française, engagé dans des lieux de souffrance où les repères habituels sont perdus, m’ont souvent pris de court. Les enfants me sont alors apparus comme les sentinelles de la vie car quand ils commencent à souffrir, la souffrance des adultes n’est plus très loin. Ils nous appellent à réagir car ils sont les premiers à souffrir quand la nourriture fait défaut, que la maladie survient et que l’attention à leur égard finit par s’étioler. En dehors des mères totalement démunies, ils n’intéressent souvent plus grand monde, sauf les publicitaires quand il faut émouvoir. Sauf encore lorsque les adultes les enrôlent de force et les fanatisent pour faire la guerre. Pensons simplement au Yémen, au Soudan, à Daech et à bien d’autres lieux…

Neuf années d’action sociale en France, toujours avec la Croix-Rouge, m’ont confirmé que les enfants constituent aussi dans notre pays une population sentinelle quand l’amour est remplacé par l’abandon et la souffrance. L’abandon de ces pupilles de l’État âgés de plus de huit ans, typés, malades ou handicapés et dont l’attente est interminable parce, ceux-là, très peu de gens les réclament. La souffrance muette des quelque 3 000 enfants victimes de mauvais traitements, peut-être beaucoup plus tant il est difficile de chiffrer la maltraitance.[...]

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À propos de l’auteur

Rapporteur des lois de bioéthique de 1994, Vice-président de l’Académie Nationale de Médecine, Ancien ministre de la Santé, de la Famille et des Personnes handicapées (2002-2004).

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