Le devenir psychique des enfants conçus par AMP ou “les enfants des couples infertiles”

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J’aimerais pouvoir dire des enfants nés après des traitements d’assistance médicale à la procréation (AMP) que ce sont des enfants comme les autres. C’est le cas en général, mais une clinique fine se doit d’apporter quelques nuances. Ce qui est certain, c’est que ces “enfants de la dernière chance” sont des enfants précieux et surinvestis par leurs parents, lesquels s’avèrent à la fois soulagés et sidérés de cette réussite. “Lorsque l’enfant paraît”, après un traitement de stérilité de longue durée, la page n’est pas définitivement tournée et les parents ne parviennent pas toujours à échapper à leur fascination face à cet enfant miraculeux qui leur a permis de restaurer leur narcissisme blessé et leur intégrité sexuelle et sociale entamés par l’infertilité.

Le deuil de la fertilité

Il y aurait beaucoup à dire, d’un point de vue métapsychologique, sur la représentation désormais dominante de l’enfant désiré et dont on attend beaucoup. La forme programmée et parfois acharnée du désir d’enfant n’est pas sans effets pervers : il me semble en ce sens que les enfants conçus par AMP sont et restent des enfants de couples infertiles. C’est là une constatation de fait, en aucun cas un jugement ou un pronostic !

Ce qui est spécifique à l’AMP, c’est que la conception survient la plupart du temps après de longues années de traitements lourds, à l’issue d’un parcours ponctué d’espoirs déçus pour les deux parents. En ce sens, le succès d’une AMP, au sens médical du terme, c’est-à-dire la naissance d’un ou de plusieurs enfants, n’efface pas de facto les souvenirs des pénibles expériences antérieures. D’autant que la stérilité témoigne déjà souvent d’un malaise préexistant du couple, notamment lié à une vie sexuelle “abîmée” par la longueur des traitements. La clinique montre en effet non seulement que le couple souffre de ne pas avoir d’enfants, mais que l’enfant qui ne vient pas, celui qui “reste accroché dans les branches de son arbre généalogique” (je paraphrase le poète René Char), témoigne déjà de la blessure de ses parents potentiels.

Le deuil de la fertilité ne se fait pas en outre de manière automatique quand le symptôme[...]

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À propos de l’auteur

Psychanalyste, PARIS.

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